Alexandra Ledermann : « Le poney apprend la pression, à gérer une finale et à ne pas perdre ses nerfs, c’est vraiment important pour la suite ! »

La rubrique « une photo, un souvenir » nous fait penser à un sacré moment, même s’il ne s’agit pas de nos propres clichés. Il y a quelques années, Pauline a eu la chance de discuter « poney » avec l’une de nos meilleures cavalières françaises de saut d’obstacles : Alexandra Ledermann. Un souvenir que nous nous empressons de vous faire partager.
Alexandra Ledermann et Havane F – ph. coll. privée
Alexandra Ledermann et Havane F – ph. coll. privée
Médaillée de bronze en individuel aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996 et championne d’Europe à Hickstead en 1999 avec Rochet M, notre amazone garde des souvenirs impérissables de ses trois ponettes avec lesquelles elle fut championne de France à Fontainebleau durant sa jeunesse : en 1981 avec Cuxham Charity en catégorie C et avec Havane F en D, puis en D de nouveau en 1982 avec Ira de Garenne, sa complice des championnats d’Europe de Copenhague.
 
Alexandra Ledermann a commencé à monter à l’âge de 7 ans. La New Forest Cuxham Charity (par Ossemsley Diarmid et Merrie Martha par Ocknell Bob) lui a été offerte par ses parents pour son sixième anniversaire et « malgré des débuts très difficiles », c’est avec elle qu’elle devient championne de France en catégorie C en 1981, année où elle est aussi médaillée d’or dans la catégorie D avec Havane F. Pour progresser et passer la vitesse supérieure, cette sanguine petite jument de selle par l’Anglo-Arabe Florisos (sa mère, Alpine, n’avait pas d’origines connues) est arrivée en 1979 dans ses écuries. « Je suis beaucoup tombée avec Havane car elle adorait faire des sauts de mouton et du haut de mes 10 ans, je n’arrivais pas à la maitriser et lui relever la tête », se rappelle-t-elle amusée. Par la suite, Havane fut poulinière au sein de l’élevage familial et a deux fois été mariée à l’étalon Question Mark, le frère utérin de la célèbre Punition avec qui elle gagna, entre autres, le réputé Grand Prix Coupe du Monde de Paris Bercy en 1992. Quant à Charity, elle eut une pouliche avant sa carrière sportive avec Red Glory Delareboursiere, née aussi chez Alexandra.
Avec Ira de Garenne, Alexandra Ledermann empochera sa première sélection pour une échéance européenne – ph. coll. privée
Avec Ira de Garenne, Alexandra Ledermann empochera sa première sélection pour une échéance européenne – ph. coll. privée

En 1982, Alexandra fait couple avec Ira de Garenne. La jument Connemara, par Atlantic Sentinel et Ganty Della (aujourd’hui souche reconnue, découverte et mise en exergue par Georges Némes – instigateur de l’élevage de Garenne – et son fils Michel, ndlr), lui permettra d’intégrer l’équipe de France et de concourir sur ses premiers grands championnats.

CSIP Hanovre 1982 : Alexandra Ledermann, à droite, écoute les conseils de Roger Bost, alors entraineur national de l'équipe de France Poneys. A ses côtés : Nathalie de Sevin, Caroline Ardoint et Isabelle Rabouan – ph. coll. privée
Extrait de journal – CSIP Hanovre 1982 : Alexandra Ledermann, à droite, écoute les conseils de Roger Bost, alors entraineur national de l’équipe de France Poneys. A ses côtés : Nathalie de Sevin, Caroline Ardoint et Isabelle Rabouan

« Le poney m’a appris le métier de cavalière de concours hippique : monter, gagner, gérer les formats d’épreuves comme les championnats, les Coupes des nations ; en somme, une réplique en miniature de ce qui m’attendais avec les chevaux. J’ai monté trois excellentes ponettes avec lesquelles j’ai remporté les championnats de France. Bien avant Rochet, Punition et Cook (du Midour, ndlr), ce sont mes plus beaux souvenirs de l’époque. Mes championnats se courraient sur le Grand Parquet ; ils étaient bien moins galvaudés que maintenant. Il y avait un championnat par catégorie de taille et gagner celui des D était prestigieux. Le championnat « D » était l’équivalent, me semble-t-il, des épreuves B1 chevaux, c’est-à-dire 1.30/1.35 m. Le championnat se disputait sur trois jours, avec une finale en deux manches et un barrage. En 1981 (double championne de France), les finales C et les D se courraient en même temps, alors je jonglais : je prenais ma ponette C, puis j’enchainais avec ma D. La remise des prix comprenait toutes les catégories et je l’avais faite sur le dos de l’une de mes ponettes tout en tenant l’autre en licol. Elles méritaient toutes les deux d’y aller, il m’était impossible de choisir ! Le Poney-Club de France (*) m’a ensuite confié en 1982 Ira de Garenne dans l’objectif de me qualifier pour les championnats d’Europe. Il y avait très peu de poneys et chevaux fédéraux. A l’époque, la fédération possédait aussi Flambeau C, le cheval de Fréderic Cottier. Nous nous sommes très vite entendues et un mois plus tard, nous remportions toutes les deux le Grand Prix du Touquet : une victoire qui nous a propulsé dans la sélection française pour l’échéance européenne de Copenhague. C’était mon premier grand championnat à l’étranger : l’équipe de France y est repartie avec la médaille de bronze ! Je me rappelle aussi du poney Ibis du Bec, qui était quasiment imbattable. L’année où j’ai gagné les championnats de France, Marie-Christine Barbot le montait, et nous étions aux coudes à coudes jusqu’à la finale, il n’y avait pas le droit à l’erreur. La saison suivante, toujours avec Ira, je termine vice-championne de France et passe ensuite définitivement à cheval. Cette ponette était pour moi une véritable petite crack ! Le poney apprend la pression, à gérer une finale et à ne pas perdre ses nerfs, c’est vraiment important pour la suite ! Ira m’a ouvert les portes de l’équipe de France : représenter mon pays était une consécration ! ».

(*) Le Poney-Club de France : fondé en 1971, il regroupait déjà, à la mi-juillet, une petite quarantaine de structures équestres. Jacques Turgis fut le premier président. Le Poney-Club de France (devenu ensuite DNEP), les chevaux et le tourisme se sont regroupés en 2000 au sein de la FFE.
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