Virtuose Teakitina, le protégé d’Anaïs Thibot (volet 1/2)

Incroyable crosseur, médaillé d’argent aux championnats de France, puis 9e de l’échéance européenne : le Virtuose de Chloé Gualtieri a fait une première saison en As Elite de Concours Complet des plus remarquée. De sa conception à ses récents honneurs sous les couleurs de l’équipe de France, l’histoire du crack est captivante. Son éleveuse et préparatrice Anaïs Thibot nous la raconte, non sans émotion et passion.

Pour leur première année en Grand Prix, Virtuose Teakitina et Chloé Gualtieri ont réalisé une incroyable saison conclue par un accessit individuel aux championnats d'Europe de CCE en Pologne - ph. Poney As
Pour leur première année en Grand Prix, Virtuose Teakitina et Chloé Gualtieri ont réalisé une incroyable saison conclue par un accessit individuel aux championnats d’Europe de CCE en Pologne – ph. Poney As

Teake It Easy pour dresser à haut niveau

L’affixe est évocateur et en dit long. Teakitina, soit la conjonction des deux noms des parents de Virtuose : Teake It Easy SL et Ratina de la Folie. Un petit clin d’œil admiratif pour ces derniers, imaginé par Anaïs Thibot et sa sœur Amélie qui on fait naître ce brillant poney. Car avec l’étalon néerlandais et la Selle Français, l’histoire n’a pas été commune.
Celle-ci a commencé lorsqu’Anaïs Thibot a croisé la route de Kooihuster Teake, alias Teake It Easy SL. Auteure d’une remarquable régularité en compétition de CCE et de Dressage avec son poney Connemara Fohn de la Mouline et gratifiée de plusieurs podiums aux championnats de France de Lamotte-Beuvron en D2 au début 2000, la cavalière est conviée à un stage de détection. On lui conseille à cette occasion de changer de monture pour pouvoir passer à l’étape supérieure en Dressage. Un nom lui est soufflé : Teake It Easy…
L’adolescente en a bien sûr entendu parler. Sa médiatisation après son arrivée en France était légitime : il était tout bonnement considéré comme une ancienne vedette des terrains de saut d’obstacles, comptant à son actif une 5e place dans le difficile Grand Prix du CSIOP d’Hagen et une sélection européenne en 1997 d’où il était reparti avec une victoire dans la petite finale individuelle. L’étalon acheté par le Syndicat Linaro (d’où le SL après son affixe, ndlr) se consacrait alors à la reproduction. Il était alors retraité du sport, et… jamais sorti sur des rectangles de Dressage ! Les gérants du Syndicat (Jean-Marc Lefèvre et Guillaume Levesque) lui avait toutefois décelé un potentiel certain pour la discipline. Teake avait 16 ans et était toujours monté pour le maintien de sa forme physique. Pourquoi alors ne pas tenter le pari d’une seconde carrière à haut niveau ? Le défi est accepté. « Lorsqu’on m’a demandé si je voulais l’essayer, j’ai tout de suite dit oui ! Il n’y avait pas beaucoup de poneys de Dressage à cette époque, il fallait tenter le coup !  Je mesurais déjà ma chance de pouvoir le monter et remercie le Syndicat Linaro de me l’avoir confié pendant 1 an », confie Anaïs qui poursuit : « Teake avait un super caractère. Nous avons progressé et avons débuté les Grands Prix avec une participation au CDIP de Saumur au cours de la saison 2004. Malheureusement il n’y a pas eu d’équipe envoyée aux championnats d’Europe ! ».

Anaïs Thibot et Teake It Easy SL lors des championnats de France Grand Prix de Dressage de 2004
Anaïs Thibot et Teake It Easy SL lors des championnats de France Grand Prix de Dressage en 2004

L’amazone se remémore aussi une anecdote… « Un matin, je suis arrivée avec mes protections de transport dans les mains, nous devions partir en Allemagne pour courir un international. Teake est finalement resté au Haras des Bréviaires où il était stationné. On m’a dit : « tu ne peux pas partir, il y a une jument vide et Teake doit rester là ». Me le confier était déjà incroyable et nous connaissions de part et d’autre les conditions. C’était le jeu ! », relativise la cavalière. La saison du couple se solde par un titre de vice-champion de France en Grand Prix. Magnifique pour une reprise ! Le poney de Selle Welsh Néerlandais a ensuite été loué l’année suivante, la priorité étant donnée à la compétition. Pauline Leclercq qui en était sa cavalière a été sacrée championne de France et a été sélectionnée pour l’échéance européenne de Pratoni del Vivaro. Teake It Easy SL est alors entré dans l’histoire en étant le seul étalon à avoir jamais concouru aux championnats d’Europe à la fois en CSO et Dressage !
Puis, se rendant au Salon du Cheval de Paris pour aller voir son ex complice, Anaïs croise Monsieur Lefèvre : « il m’a offert une saillie de Teake ! ». Sa sœur Amélie cherchait un cheval pour sa relève : le choix s’est vite porté sur une jument pour pouvoir faire naître un poulain du fameux Teake !

Avec Ratina, l’aventure continue…

« L’idée était qu’Amélie achète une jeune jument qui serait mise à la reproduction avant d’entamer une carrière sportive, et que le poulain me soit destiné. Notre choix s’est porté sur une jument de 2 ans du haras du Feuillard. Ratina de la Folie avait des origines de dressage grâce à son père, le Trakehner Isgard. Son pedigree était parfait pour le CCE puisqu’elle avait en père de mère le Selle Français Quat’Sous. Elle toisait adulte 1,70 m : le but était de me fabriquer un petit cheval en la mariant avec Teake qui mesurait 1,49 m. Elle a rempli et nous l’avons mise dans un élevage ». Alors qu’à distance, les filles ont de bonnes nouvelles de Ratina, elles décident d’aller lui rendre visite, après 9 mois de gestation : « elle était très maigre ; nous nous sommes même demandées si elle était encore pleine. Nous l’avons donc changée d’élevage ». Dans son nouvel herbage, Ratina est bien nourrie et se refait une santé, « et 2 mois après, elle nous a mis au monde Virtuose : un tout petit poulain, vraiment rachitique ». Génétiquement plus petit que ce qu’il aurait dû être, Virtuose doit sans doute sa taille (maxi D) à cette carence. « L’éleveur m’a appelé pour me dire qu’il était né, et le temps que j’arrive, quelques heures après, il n’était toujours pas levé. Nous l’avons mis debout tous les deux, c’est un souvenir encore très émouvant pour moi. On l’a laissé grandir au pré et finalement ma sœur, qui s’occupait de sa mère Ratina, a eu son premier enfant et n’a pas eu la possibilité de la monter. Je l’ai donc débourrée et sortie en concours ». Ratina débute la compétition sur le circuit des jeunes chevaux et le couple poursuit son évolution jusqu’en Grand Prix Amateur 1 : « Cette jument était tout le temps dans le trio de tête en dressage, elle les a presque tous gagné. Très belle, chic, Virtuose tient d’elle sa petite tête racée, un peu arabisée ».

Virtuose Teakitina foal, en compagnie de sa mère Ratina de la Folie - ph. Anaïs Thibot
Virtuose Teakitina foal, en compagnie de sa mère Ratina de la Folie – ph. Anaïs Thibot

Un virtuose à l’énergie débordante : retrouvez demain la deuxième partie de l’histoire de ce crack.

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