Jean Drexler (Haras d’Hurl’Vent) : « élever c’est aussi rêver, mais il faut être réaliste financièrement »

Le Haras d’Hurl’Vent de Marie-Claude et Jean Drexler figure cette année dans la rubrique « Elevage français » du Mémento Elevage Poney As. Pour en savoir un peu plus et en attendant l’arrivée de notre support dans votre boîte aux lettres, nous vous proposons cette semaine une interview de son instigateur scindée en 2 volets.
Après celle d’hier retraçant l’histoire de l’élevage, la sélection et les poulains à naître, le Drômois aborde aujourd’hui la valorisation et la vente de ses poneys, le développement de sa structure, des notions de rentabilité nécessaires à sa bonne gestion et ses partenaires.

Jean Drexler à gauche, Jean-Louis Laurent à droite. L'ancien et l'actuel trésorier de l'ANPFS - ph. Poney As
Jean Drexler à gauche, Jean-Louis Laurent à droite. L’ancien et l’actuel trésorier de l’ANPFS – ph. Poney As

Poney As : L’élevage est basé dans la Drôme. Es-tu originaire de ce département ?
Jean Drexler : Non, je suis né à Paris, mais nous vivons depuis très longtemps dans la Drôme. Les poneys ont toujours été dans nos infrastructures actuelles.

PA : A quoi ressemblait la structure de Montrigaud au départ ?
JD : Nous avions un petit bout de carrière et 2 boxes. Les travaux et les aménagements ont été réalisé au fur et à mesure, en fonction de nos disponibilités financières. Nous avons construit d’autres boxes, nous avons agrandi la carrière, nous avons encore aménagé des boxes supplémentaires…

PA : Dans le premier volet de l’interview, tu évoquais la valorisation des poneys. Quand as-tu entrepris cette démarche primordiale à tes yeux ?
JD : Au départ, nous sortions nous même les poneys en concours (Cycles Classiques notamment), avec l’une de mes filles (les éleveurs ont deux filles, Anouk et Eva, ainsi qu’une petite fille de 6 ans, ndlr) ou avec des stagiaires. Très vite, nous nous sommes rendu compte qu’il nous fallait quelqu’un de plus compétent que nous. En gros, nous avons coaché des stagiaires, puis nous avons embauché un salarié, puis des personnes ressources pour former le salarié. Il fallait s’entourer. Et c’est toujours d’actualité ! Je suis persuadé que c’est la valorisation qui fera le produit ! C’est pourquoi je préfère embaucher un cavalier plutôt que de confier mes poneys.

Electra d'Hurl'Vent (Pfs, par Cazador LS, Oes et Hera d’Hurlevent par Boogie de la Gere) et Cédric Hallez lors de la finale SHF 4 ans D - ph. Poney As
Electra d’Hurl’Vent (Pfs, par Cazador LS, Oes et Hera d’Hurlevent par Boogie de la Gere) et Cédric Hallez lors de la finale SHF 4 ans D – ph. Poney As

PA : A partir de quand as-tu embauché ton premier salarié ?
JD : Il me semble que c’était l’année des Q, cela fait donc 15 ans. Parallèlement, nous avons démarré l’écurie de propriétaires. Le Poney Club avec le manège actuel date de 2011 et Cédric Hallez est arrivé il y a 6 ans. Le 1er janvier 2018, nous lui avons vendu le fonds de commerce avec 32 boxes. Il se consacre désormais à cette activité et de notre côté, nous avons cherché un autre cavalier valorisateur. Une jeune fille que l’on va former devrait le remplacer. Elle fait du Complet.

PA : Le fonds de commerce est vendu, mais pour l’élevage, combien disposez-vous de boxes et d’hectares ?
JD : Nous avons actuellement 40 boxes dont 14 pour l’élevage et 8 avec des caméras destinés aux poulinières. Nous avons une dizaine d’hectares autour de la structure et nous en louons une quarantaine. Ce n’est pas difficile de trouver du terrain par chez nous.

PA : As-tu un palefrenier pour la partie élevage ou une personne qui aide pour l’entretien ?
JD : Marie-Claude et les stagiaires travaillent beaucoup et nous avons une personne qui vient une fois par semaine faire les boxes. Il faut les faire à la main car ils ne sont pas mécanisables en raison du caoutchouc que nous avons posé à l’intérieur. On ne pourra sans doute pas continuer à tout faire à la main à l’avenir, il faudra trouver divers types de rationalisation pour s’économiser un peu (rire).

Iris de Fontenay et Une Muse d'Hurl'Vent - ph. Poney As
Iris de Fontenay et Une Muse d’Hurl’Vent (Pfs, par Millefeux des Sureaux et Reverie par Leadership, Co) – ph. Poney As

PA : Eleveur n’a jamais été votre métier principal. Que faites-vous ou que faisiez-vous tous les deux ?
JD  : Marie-Claude était éducatrice, chef de service au tribunal pour enfant. Elle est à la retraite aujourd’hui. Moi je suis un professeur de management et de comptabilité, également à la retraite. J’ai arrêté à 60 ans l’enseignement dans la fonction publique et depuis 4 ans, je n’enseigne plus non plus en libéral.

PA : Avez-vous toujours concilié votre métier avec celui d’éleveur et d’entrepreneur ?
JD : Oui, on a toujours fait les deux en même temps. Il nous fallait cette sécurité financière. La rentabilité est toujours problématique dans l’élevage de poneys même si on produit de bons sujets. Nous ne sommes pas non plus fille et fils d’agriculteurs, nous n’avions pas de terrains, pas de foncier, pas de matériel… Nous avons été « contraints », si l’on peut dire, d’évoluer petit à petit.

PA : Parlons comptabilité alors. Est-ce qu’une structure comme la tienne est à l’équilibre ?
JD : Avec les recettes du Poney-Club, de l’écurie de propriétaires, les ventes et locations de poneys, la structure est à l’équilibre, oui. Elles permettent je pense de rémunérer correctement le personnel. Toutes les charges sont couvertes, mais avec Marie-Claude, nous ne nous rémunérons pas. C’est un choix. Pour un jeune qui ne voudrait se consacrer qu’à cela, se lancer dans l’élevage de poneys de sport est difficile. Nous essayons d’expliquer tout cela à nos stagiaires afin de les éclairer et qu’ils puissent appréhender la totalité du sujet. Néanmoins, élever c’est aussi rêver, même s’il faut être réaliste financièrement. Avoir cette notion de rentabilité financière est indispensable car dans le cas contraire ce ne serait pas sérieux, mais l’aspect plaisir compte énormément aussi.

Angèle Pollier et Thémis d'Hurl'Vent - ph. Poney As
Angèle Pollier et Thémis d’Hurl’Vent (Pfs, par Linaro SL, Poet et Hera d’Hurl’Vent par Boogie de la Gere) – ph. Poney As

PA : Les poneys d’Hurl’Vent sont vendus à partir de quel âge ?
JD : 5 ou 6 ans. On ne peut pas spécialement les garder jusqu’à 7 ans financièrement, même si nous faisons quelques exceptions. J’en ai 2 actuellement d’ailleurs : Cogito, un frère de Roudoudou et Cupidon (Machno Carwyn x Nils de Lojou, petit fils d’Hera d’Hurl’Vent). En les vendant correctement, avec tout le travail qui a été fait préalablement, nous pouvons continuer à investir même si nous n’avons pas la même marge sur les poneys que sur les bons chevaux.

PA : Combien vends-tu de poneys par an ?
JD : Sur 10 par exemple, il y a 4/5 poneys de louer et les autres sont vendus. Actuellement, je n’ai quasi plus de poneys de 6 ans. Eux s’étaient vendus à 5 ans. C’est parfois stressant, car nous pouvons passer 6 mois sans en vendre et parfois nous en vendons 3 ou 4 sur un mois. Toutes les semaines, nous avons au moins quelqu’un qui appelle pour acheter un poney.

PA : T’arrive t-il d’en acheter à l’extérieur ?
JD : Oui, pour faire un peu de commerce. J’achète par exemple des femelles, je peux les mettre à la saillie, nous les retravaillons et les revendons. Il faut bien tout cela pour faire tourner la structure.

PA : Comment trouves-tu actuellement le marché des poneys de taille C ?
JD : Ils se vendent mal depuis un certain temps, mais se louent plutôt bien je trouve.

PA : Nous voyons chaque année des poneys d’Hurl’Vent dans les mêmes structures. Avec quelles écuries travailles-tu ?
JD : Le Centre Equestre de la Roche (42) de la famille Vallat (ils ont par exemple Daenerys, Cogito, Cupidon d’Hurl’Vent…), Armelle Mannoni, située vers Aubagne et toujours Marie-Reine Perié (31). Nous avons d’ailleurs une poulinière en commun (Reverie) et tous les ans, nous faisons naitre un poulain : je l’élève jusqu’à ses 4 ans et Marie-Reine prend le relais jusqu’à ses 7 ans. C’était le cas de Bohème (gagnante de plusieurs GP des 7 ans avec Jeanne Hirel, ndlr) qui est aujourd’hui vendue.

Nohlan Vallat et Urlevent d’Hurl’Vent - ph. Poney As
Nohlan Vallat et Urlevent d’Hurl’Vent (Pfs, par Millefeux des Sureaux et Rumba d’Hurl’Vent, Co par Leadership) – ph. Poney As

PA : Dans le premier volet, tu nous confiais faire naitre entre 10 et 12 poulains par an. Est-ce la taille critique de ta structure ?
JD : Oui, avec notre structure (avec le personnel donc), il en faut au moins 10. En 2015, nous avons eu 6 naissances et en 2016, 8. Ce n’est absolument pas suffisant et dans ce cas, je ne dois avoir que des très bons poneys pour m’y retrouver. Nous ne ferons peut être pas cela à 70 ans… mais pour le moment, nous continuons ainsi.

PA : Sur les 10 ou 12 poulains, combien doivent atteindre les belles épreuves ?
JD : Il faudrait que l’on arrive sur 12 naissances à avoir 4 ou 5 poneys de Grand Prix.

PA : La barre est haute finalement ?
JD : Nous n’avons pas vraiment le droit à l’erreur. Sur les 12, nous avons souvent un ou deux poneys trop grands, un ou deux trop petits. Avec les poneys de croisement, la taille peut être aléatoire, elle n’est pas fixée.

PA : Tu es un ancien trésorier de l’ANPFS. As-tu toujours été membre de l’association ?
JD : J’ai très vite adhérer à l’ANPFS. Avec mon copain Pierre Annequin, nous allions souvent aux CA. J’ai intégré celui-ci, au début du mandat de Marie-Dominique Saumont-Lacoeuille. J’ai été trésorier pendant 6 ou 7 ans et aujourd’hui, je suis à la commission élevage et étalons.

PA : Tu as fait naitre plusieurs étalons que tu utilises d’ailleurs. As-tu une activité d’étalonnier ?
JD : Non pas du tout, je ne suis pas étalonnier. Je vends quelques paillettes de mes étalons de temps en temps. En tant qu’éleveur, je pense que l’on doit produire des étalons, mais gérer leur carrière est un tout autre métier.

PA : Et pour finir Jean, quel serait ton rêve d’éleveur ?
JD : Je n’ai pas de rêve particulier, si ce n’est d’avoir des poneys dont la qualité s’améliore année après année. Ce qui me procure une grande satisfaction, c’est de voir que les poneys réussissent bien en concours. Tout simplement. Je n’ai pas plus d’envie que ça, mais c’est déjà pas mal ? Je n’ai pas du tout envie de partir en vacances dans les îles (rire) !

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