
Jamaïque avait été achetée par un marchand puis vendue à une cavalière de niveau moyen, tombée sous le charme de cette jolie ponette noire. À l’époque, elle s’appelait Réglisse et était présentée comme âgée de quatre ans. Mais les débuts se révélèrent compliqués : la ponette partait en ruades et envoyait sa propriétaire au sol. Après plusieurs mésaventures, celle-ci décida finalement de s’en séparer. « C’est alors qu’Armelle, la sœur de ma première monitrice, l’acheta et la rebaptisa Jamaïque. Elle la débourra, la fit enchaîner, et quelques mois après son achat, fit intervenir le dentiste, qui annonça que Jamaïque n’avait que 2 ans. Elle partit alors au pré pendant 2 ans et réattaqua le travail à 4 ans. Ne voyant pas l’intérêt de faire seulement des épreuves club (comme c’était une ONC), Armelle décida de la vendre. À l’époque, j’avais 11 ans, je montais très peu et débutais l’équitation, mais maman avait eu le coup de foudre (moi aussi d’ailleurs !). Je me souviens de mon premier essai : je l’ai trouvée très grande et elle m’impressionnait ! Nous l’avons achetée en 2003. », nous avait confié Marie-Loup Thieulin, la première cavalière de compétition de Jamaïque, une très bonne ponette sans origines connues dont elle nous racontait l’histoire fin septembre 2011.

« Nous avons appris ensemble. Les débuts ont été marqués par de nombreuses éliminations, puis les résultats sont arrivés progressivement. Nous avons terminé notre parcours sportif par une saison en Grand Prix, ponctuée de plusieurs victoires. Ce sont de très beaux souvenirs. » Le couple remporte les Grands Prix Excellence de Chazey-sur-Ain, Privas et Roanne-Vougy, avant que Marie-Loup ne passe le relais à Inès Joly à l’issue de la saison 2010.
Très vite installé en Grand Prix, le nouveau couple s’adjuge notamment l’épreuve phare nationale de Fontainebleau, avant de conclure les championnats de France As Poneys Excellence à une prometteuse septième place. La saison suivante voit le couple franchir un nouveau cap. Jamaïque et Inès Joly remportent les Grands Prix As Excellence de Roanne-Vougy et de Grasse, se classent deuxièmes à Cluny et Bourg-en-Bresse, troisièmes à Vidauban et Bordeaux, avant de signer un parcours sans faute assorti d’une cinquième place dans le Grand Prix du CSIP de Barbizon. Ces performances leur ouvrent les portes de l’équipe de France. Après une première expérience dans la Coupe des nations du CSIOP de Fontainebleau, conclue au cinquième rang, le tandem décroche une superbe deuxième place dans l’épreuve collective du CSIOP d’Hagen, aux côtés de Florine Roussel (Politica de Florys), Tressy Muhr (Milford de Grangues) et Mégane Moissonnier (Jimmerdor de Florys SL). Quelques semaines plus tard, les quatre cavalières défendent de nouveau les couleurs tricolores lors des championnats d’Europe de Fontainebleau (Camille Condé-Ferreira et Juke Box du Buhot figuraient en tant que cartouche individuelle). Avec deux manches conclues à quatre points, Jamaïque et Inès terminent 6e ex æquo par équipes, avant de boucler leur finale individuelle 12e ex æquo.

Après Inès Joly, c’est Jade Real Del Sarte qui reprend les rênes de la noiraude. Le couple s’impose dans le Petit Grand Prix de Reims avant de décrocher une septième place aux championnats de France As Poney Élite à Lamotte-Beuvron. En septembre 2014, Rose de Balanda effectue ses premiers parcours avec Jamaïque. Dès le début de la saison 2015, le duo commence à se distinguer en As Poney Élite et remporte le Grand Prix As Excellence de Gambais, disputé à quelques semaines des championnats de France. À Lamotte-Beuvron, elles décrochent la médaille d’or en As Poney 1, avant que Jamaïque ne mette un terme à sa carrière sportive au début de l’année 2016.
Quelques jours après la disparition de sa protégée, Marie-Loup Thieulin nous confiait également combien Jamaïque avait continué à marquer sa vie. C’est d’ailleurs en son honneur qu’elle a fondé l’élevage Jam Coill : « Jam », en référence à Jamaïque, et Coill, qui signifie « de la forêt » en irlandais, en clin d’œil à l’affixe de sa première poulinière.

Revenue « à la maison » après sa carrière sportive, Jamaïque est devenue mère de deux pouliches : Kalamity’Jam Coill (Tricky Choice du Péna), « qui lui ressemble beaucoup », et Lilou Jam Coill (Roudoudou d’Hurl’Vent). Une belle manière, pour Marie-Loup Thieulin, de faire perdurer le souvenir de celle qui aura profondément marqué sa vie.
Jamaïque s’en est allée. Elle avait 27 ans.
