Anna Pouzadoux Brille et Harmony de Curaine, l’audace d’un nouveau couple en pleine ascension

C’est tout un système qui a été mis en place autour des ambitions de haut niveau d’Anna Pouzadoux Brille. Originaire de la région de Chamonix, où elle a commencé l’équitation à 5 ans en plus de nombreux autres sports, la jeune cavalière a déménagé dans la Loire pour monter au centre équestre de la Roche de la famille Vallat, bien connue au plus haut niveau pour avoir accompagné leurs enfants Mathis et Nohlan sur les plus grandes échéances poneys, ainsi que Lou Anne Béraud, ancienne cavalière d’Ungaro of Qofanny. « J’ai commencé à 5 ans. C’est ma mère qui m’a fait découvrir l’équitation car elle montait déjà à cheval avant, mais sinon, mes parents ne sont pas vraiment dans le monde du cheval. Je viens de Chamonix, j’ai grandi dans la vallée et j’ai fait beaucoup d’autres sports à côté (natation, ski, escalade, parapente, ndlr). Je montais toutes les semaines en parallèle, parce que c’était ce qui me plaisait le plus. Vers 9-10 ans j’ai commencé à m’intéresser au haut niveau, et à 12 ans on a déménagé dans la Loire pour aller au centre équestre de la Roche, chez les Vallat », afin de mettre en place un système correspondant aux ambitions de la jeune cavalière. Il faut dire que ses parents ne sont pas étrangers au monde du sport de haut niveau. Sa mère, Caroline Brille, cavalière elle aussi par ailleurs, est une grande championne de parapente, tandis que son père, Lionel Pouzadoux, est un alpiniste renommé.
Commence alors une progression fulgurante : « mon poney d’alors, Hermès d’Hurl’Vent, est venu dans la Loire. Quand je suis arrivée, je faisais de la Poney 2 et Poney 1, et après j’ai eu d’autres poneys, comme Ayana, que nous avons louée pendant un an, avec qui j’ai été championne de France en 2024 en Poney 1. Après, j’ai eu Hilda de Blonde au travail : je la monte en concours depuis une saison. On l’a depuis 3 ans mais elle est très compliquée. Ensuite, j’ai eu Cupidon de Fougnard qui m’a accompagné pendant un an et demi : j’ai commencé en As 2 et j’ai fini ma saison en Grand Prix. Avec lui, j’ai fait l’As Poney 1 à Lamotte l’été dernier (classée douzième, ndlr). Avec Hermès, j’ai été championne de France en As Poney 2 ». Et de son aveu même, c’est ce poney, difficile, qui lui a appris à vraiment monter. Anna a donc été sacrée deux fois championne de France… en deux participations ! Comme le complète sa mère, « elle va au bout des choses, elle est déterminée, opiniâtre, et il y a du monde autour ».

Arrive alors Harmony de Curaine, la ponette de tête actuelle de la jeune amazone, qui tournait auparavant sur de belles épreuves chevaux et qui a été débutée en Grand Prix Poney avec Nathan Garez. « Après j’ai eu Harmony, la ponette avec laquelle j’ai pu faire Compiègne. Harmony, ça ne fait que quelques mois que je l’ai, elle est très, très verte dans le travail, et là, elle est en phase de progression on va dire. Elle est aussi travaillée par un cavalier professionnel à la maison, Jean-Gabriel Rabian. On lui doit beaucoup, on doit beaucoup à tout l’entourage, aux Vallat et à mon coach mental. On a commencé en janvier et c’est déjà assez incroyable d’être déjà à ce niveau-là avec une ponette qui n’a pas beaucoup de travail, que j’ai depuis pas longtemps. Le couple n’est pas encore complètement formé, mais on progresse toutes les deux et on apprend ensemble » confie la jeune fille. Un choix assumé, presque risqué, mais nécessaire pour continuer à viser plus haut. « C’est Patrick Vallat qui l’a trouvée, il est super fort pour dénicher le poney qui convient à la personne. C’était un risque à prendre parce que d’autres personnes l’avaient vu, dont des Irlandais, des Suisses, … mais personne n’a eu le courage de la prendre car elle est vraiment très verte : quand on l’a eu, elle ne savait pas changer de pied, faire de déplacements latéraux… On s’est dit que si on ne la prenait pas, je ne pourrais pas aller plus loin qu’As Poney Élite Excellence avec Cupidon, et que ça se serait arrêté un peu là en quelque sorte, donc c’était un risque à prendre. Cupidon est un fantastique maître d’école, pour apprendre sur les grosses épreuves, qui sauve tout et finit tous les parcours, mais sans tous les moyens du monde. Patrick cherchait depuis un moment : des gens l’avaient vu et hésitaient un peu car elle est très bonne, a des capacités incroyables, mais c’était un challenge, elle n’était pas prête à l’emploi. Elle est très agréable à monter et légère. Elle est très intelligente, elle progresse vite, donc c’est plutôt une bonne surprise qu’on en soit déjà là ! ».

Âgée de 14 ans (15 ans en juillet), Anna mène de front sa scolarité et son projet sportif. « Je vais en cours de manière normale, donc je monte le soir, le mardi et le jeudi, et le mercredi j’ai la chance de ne pas avoir de cours, donc je peux monter les trois, en plus des samedis et dimanches, en concours ou pas. En général, quand il n’y a pas de concours, je fais plus de la balade, des choses tranquilles, et ils adorent tous ». Une organisation exigeante donc, mais portée par une passion totale : « je n’ai pas de groom, je m’occupe de mes poneys moi-même. C’est une vraie passion ». Anna s’appuie également sur son expérience précédente dans le milieu sportif : « même si au départ elle n’est pas en avance par rapport à d’autres enfants de cavaliers, elle a comme grande qualité d’avoir connu tous ces sports, elle est adaptable et elle a un corps sportif, une facilité à s’adapter à tous les sports » nous confie sa mère.
La jeune cavalière fait surtout preuve d’une détermination à toute épreuve. « Je dirais que je suis très résiliente et déterminée. Ça ne se voit pas forcément parce que je ne le fais pas trop ressortir ». Pour autant, prendre part à son premier CSIOP, à l’instar de Compiègne le week-end dernier, reste une expérience particulière et marquante. « C’est sûr que ça change vraiment, ça fait un peu bizarre d’être avec les étrangers parce qu’on n’a pas trop l’habitude sur d’autres concours. On sent aussi que c’est beaucoup plus professionnel, déjà car il n’y a pas les plus petites épreuves et les jeunes enfants. J’étais un peu timide au début sur mes tours car ça impressionne un peu quand même et ce n’est vraiment pas la même ambiance. Tous les débuts de tours, les deux ou trois premiers obstacles, ça a été un peu compliqué », avant que le naturel ne revienne au galop et que la paire parvienne à faire abstraction de cet environnement extérieur particulier. La jeune amazone a également recours à un coach mental pour l’accompagner dans son parcours, comme par exemple le soir du premier jour à Compiègne. Le verdict ? Une victoire le lendemain avec Hilda de Blonde… et surtout une cavalière au rendez-vous, comme lors des précédents concours effectués avec ses ponettes.

Le point d’orgue du week-end reste ce Grand Prix dominical de Compiègne, bouclé sans faute lors du tour initial. « On est quasiment toujours sans-faute avec Harmony, sauf les deux premiers jours où elle avait un peu de stress, mais sinon, à Jardy, elle avait réalisé l’un des deux seuls sans-faute du Grand Prix du dimanche. Le Grand Prix de Compiègne n’a pas semblé si difficile, alors que peu de Français étaient sans-faute, c’était semblable à Jardy niveau difficulté, il fallait être présente. Elle a super bien sauté, c’était vraiment bien, j’ai eu des bonnes sensations, elle m’a bien écoutée. Sur ce parcours, je pense que la ligne du fond « palanque – oxer » était assez difficile : la palanque sortait d’une ligne où il fallait galoper un peu avec la rivière – donc il ne fallait pas se mettre à plat – et après les foulées étaient encore un peu dans le galop pour aller sur l’oxer. Cela faisait un petit peu entonnoir derrière le cabanon, les poneys pouvaient vite se reculer et finalement ne plus être dans le contrat. Mais elle l’a très bien fait et je n’ai pas eu de difficultés ».
Et pour la suite alors ? « On va voir encore un peu comment la ponette progresse, et on espère pouvoir refaire des CSIOP, on verra comment ça avancera. L’objectif est d’aller aux championnats de France en As Poney Élite Excellence, de bien faire et d’être sans faute. Il y a encore du boulot ensemble, mais pour le moment ça marche quand même bien, voire mieux que ce qu’on aurait pu imaginer. Finalement, on n’imaginait pas qu’on ferait ça aussi vite, au bout de trois mois ». Une ascension éclair qui laisse entrevoir de belles perspectives pour ce jeune couple, déjà très prometteur, et qui essaye de mettre tout en place pour parvenir au plus haut niveau : « on a des supers coachs, les Vallat, qui eux sont fantastiques. Ils ont l’expérience, les compétences, trouvent les poneys, donc c’est tout un ensemble qui, on l’espère, aboutira ! ».
Marine Delie
