Isabelle Mémain : « Préserver la race pure et valoriser les qualités sportives du New Forest »
Publi-rédactionnel
Quand avez-vous débuté l’élevage de poneys de sport et, plus particulièrement, de New Forest ?

Nous avons débuté notre activité d’élevage en 1998. À l’origine, nous étions exclusivement tournés vers le sport (*). Nous vivions alors à Grenoble, où j’étais présidente du Cercle Hippique des Alpes (CHA), qui est toujours aujourd’hui le gros club de la région, et nous n’avions alors pas encore d’élevage. Puis nous avons eu envie de nous lancer et avons eu l’opportunité d’acheter un lot d’une trentaine de poneys et chevaux au Haras de Montmain de Jean-Marc Lefèvre. Parmi eux figuraient plusieurs poneys de trois ans et des New Forest, à l’image de Willoway Montmain Gold Charm et de Silverlea Baywatch, mais également des poulinières comme Gatine de Montmain, mère des étalons Niloway de l’Arbalou et O’Fever de l’Arbalou, ou encore Silverlea Bernice. Naturellement, dès le départ, nous nous sommes tournés vers le New Forest. Beaucoup de ces poneys possédaient des origines britanniques, avec notamment le sang de Silverlea Flash Harry, un étalon que nous trouvions très sport et valeureux. Nous avons d’ailleurs toujours été fans de lui et avons fait pas mal d’inbreeding avec cet étalon. O’Fever de l’Arbalou, notamment — étalon qui s’est illustré en Grand Prix international de CSO — en est l’illustration : il est issu de Silverlea Spring Fever, lui-même par Flash Harry, et sa mère, Gatine de Montmain, est une petite-fille de ce même Flash Harry.
(*) : Les enfants de Pierre et Isabelle Mémain évoluaient eux aussi sur le circuit Poney. Émilie s’est notamment illustrée en Grand Prix de saut d’obstacles, en selle sur l’étalon Connemara Rococo du Thuit, avec lequel elle a remporté, à la fin des années 1990, les Grands Prix des CSIP de Moulicent et de Madrid.
En regardant de plus près le pedigree des poneys New Forest que vous avez fait naître, l’influence « Silverlea » apparaît en effet particulièrement marquée.

Oui, absolument. Nous avons, par exemple, beaucoup croisé Willoway Montmain Gold Charm avec des juments issues de lignées Silverlea. Gold Charm apportait véritablement du modèle : il avait d’ailleurs été sacré champion Suprême de la race lors de notre tout premier National New Forest. De leur côté, les mères Silverlea apportaient le côté sportif. Nous avions une combinaison vraiment chouette !
Vous avez aussi proposé une activité d’étalonnage avec plusieurs étalons New Forest. Pouvez-vous nous en parler ?
Tout à fait, parallèlement à notre activité de valorisation. Nous avons donc proposé Willoway Montmain Gold Charm (par Woodrows Acting Master et Willoway Pipers Charm par Peveril Peter Piper) et Silverlea Baywatch (par Silverlea Flash Harry et Silverlea Gaye par Silverlea Michaelmas). Gold Charm a été champion suprême du National New Forest en 1999 et vice-champion en 2000. Silverlea Baywatch a été vice-champion des étalons du National en 2000, puis s’est qualifié pour les championnats de France C1 Élite de CSO. Nous avons accueilli Étoile d’Hardy (par Uhlan des Étangs et Paloma du Siam par Inch’Allah), que nous avait confié, pour une saison, Marie-Dominique Saumont-Lacoeuille, alors présidente de l’ANPFS. Nous avons également eu Silverlea Spring Fever (par Silverlea Flash Harry et Silverlea Gaye par Silverlea Michaelmas), qui ne nous appartenait pas, mais que nous avions à la valorisation et qui assurait parallèlement la monte chez nous. Nous avons également eu à la valorisation l’étalon Illoway Cheriton Fast (par Willoway Good As Gold et Quouette par Cheriton Mr. Fluff IV). C’est d’ailleurs durant l’année où il était chez nous qu’il a été vendu aux Haras Nationaux. Nous avons aussi eu, tous jeunes, Helf de l’Aumont et Helium de l’Aumont, tous deux Poneys français de selle par Syrius de Mai. Helf était un fils de la poulinière New Forest Silverlea Martine (par Silverlea Flash Harry). Nous l’avons, lui aussi, vendu aux Haras Nationaux, tout comme Silverlea Baywatch. Helium était un fils de la poulinière New Forest Soon des Étangs (par Jolly des Ifs), qui était la deuxième poulinière phare de Marc Bernardin après Martine (lire l’interview de l’an passé ici).
Et les vôtres, estampillés « de l’Arbalou » ?
Parmi nos propres étalons, O’Fever de l’Arbalou (par Silverlea Spring Fever et Gatine de Montmain par Flightpath) a été le meilleur poney du circuit SHF en termes d’IPO. Il a également produit des poneys New Forest qui ont, à leur tour, obtenu de bons indices. Son frère utérin, Niloway de l’Arbalou (par Willoway Montmain Gold Charm), a été champion de France des mâles de 2 ans au National New Forest, puis vice-champion des 3 ans, avant de poursuivre sa carrière à quatre, cinq et six ans et de remporter les épreuves des sept ans. Nous l’avons ensuite vendu en Italie, si bien que nous n’avons malheureusement plus eu beaucoup d’échos de sa carrière par la suite.
O’Fever a-t-il été le meilleur poney de sport de votre élevage, toutes races confondues ?

Oui, je pense. O’Fever était un poney exceptionnel ! C’est d’ailleurs un peu triste de se dire qu’il n’a pas eu la carrière qu’il aurait dû avoir. Pour nous, c’était un poney de championnat d’Europe : il avait la hargne, le coup de patte et la folie d’un poney génial !
Il était à la limite de la taille C en plus et avait une galopade de cheval…
Oui, tout à fait ! Il avait une très grande amplitude. D’ailleurs, nous nous étions fâchés avec l’Association française du poney New Forest à l’époque car, lors de l’agrément des étalons, il avait été recalé la première année à cause de sa note à l’obstacle. En couverture et en amplitude, il avait dû obtenir 4 ! J’avais suivi la formation de juge d’élevage PFS et je leur avais dit — indépendamment du fait qu’il soit né chez nous — que si, un jour, j’avais eu à mettre un 10 à un poney pour l’amplitude et la couverture, cela aurait été pour lui. Je me souviens notamment de son parcours des six ans à Saint-Lô : il y avait un triple, avec deux fois deux foulées. Le poney, lui, avait fait un et un ! C’était improbable. Oui, O’Fever est l’un de nos regrets… Bon… C’est aussi l’éternel problème des poneys de sport : lorsqu’ils sortent un peu du lot, et surtout lorsqu’ils sortent du cadre, c’est encore plus compliqué. À mon sens, il y a encore beaucoup d’entraîneurs qui restent attachés à des poneys très classiques et qui ne veulent pas sortir de ce cadre. Or, O’Fever n’était pas classique. Il était génial, mais, comme beaucoup de génies, il n’entrait pas dans les cases. Il faut avoir une certaine réflexion pour valoriser ce type de poneys et leur permettre d’exprimer pleinement tout leur potentiel. Nous l’adorions. Il avait, en plus, une véritable personnalité. Ce n’était pas « Monsieur Tout-le-Monde ». Lorsqu’il était poulain, il nous avait d’ailleurs donné un premier aperçu de son caractère ! Nous avions emmené sa mère dans le manège pour la faire ressaillir et, tout à coup, nous avons vu le petit O’Fever arriver… Nous avons d’abord pensé que nous avions mal fermé le box. Mais pas du tout ! La porte faisait tout de même 1,40 m et il avait pris ses trois mètres d’élan avant de sauter par-dessus ! À quelques jours de vie, nous nous étions dit : « Celui-là, il ne devrait pas être mauvais ! » (rires).
Quelles poulinières New Forest de votre élevage de l’Arbalou vous ont le plus marquées ?
Je me souviens notamment de Gatine de Montmain (par Flightpath et Casla des Étangs par Jolly des Ifs) et de Silverlea Bernice (par Silverlea Spotlight et Bernadette par Meerut Monarch). Nous avons également valorisé certaines ponettes qui sont ensuite devenues de très bonnes poulinières, à l’image de Lisa de l’Arbalou, fille de Glen de l’Aumont et de Gatine de Montmain. Elle a notamment produit Vizir d’Odival, qui s’est illustré jusqu’en Grand Prix de CSO et a affiché un IPO de 162. Je sais bien qu’au fil des années, les IPO ont tendance à atteindre des niveaux de plus en plus élevés (rires). Mais à l’époque, de tels indices étaient vraiment remarquables !
En parlant d’indices, quels autres poneys New Forest nés pour le compte de votre élevage ont atteint des niveaux d’indices élevés ?

Parmi les bons poneys que nous avons fait naître, Theclosway Arbalou (par Niloway de l’Arbalou et Silverlea Bernice par Silverlea Spotlight) a un indice de 169. Nous avons aussi produit un autre New Forest, Picasso de l’Arbalou (par Willoway Montmain Gold Charm et Silverlea Miss Tina par Silverlea Flash Harry), qui était extraordinaire. Il avait été acheté par un club, qui le louait chaque année à de nouveaux cavaliers. Et, année après année, on le voyait aux championnats de France. Les enfants savaient qu’avec lui, ils allaient être « au prix ». C’est d’ailleurs l’une des qualités des poneys New Forest : leur capacité à se mettre au service de leurs cavaliers et à permettre à de jeunes pilotes, parfois différents d’une année à l’autre, de performer.
Justement, quelles sont selon vous les principales qualités des poneys New Forest ?
Le mental, la gentillesse et le côté proche de l’homme. C’est ce qui les distingue de certains poneys de croisement que l’on voit beaucoup. Le New Forest est, à mes yeux, une race particulièrement pratique, faite pour les enfants — et, après tout, le poney est avant tout fait pour eux — tout en étant capable de devenir un véritable compétiteur, à condition, bien entendu, de sélectionner les souches. C’est d’ailleurs ce qui a constitué l’une des difficultés de l’association du poney New Forest pendant un bon moment : elle avait parfois du mal à comprendre qu’il n’existait pas uniquement un New Forest de loisir, et que les deux mondes pouvaient parfaitement cohabiter.
Pouvez-vous nous en dire plus et approfondir ce dernier point ?

J’ai toujours été favorable à ce que l’on puisse organiser des agréments d’étalons avec des orientations spécifiques : loisir ou sport. Si cela avait été le cas à l’époque, O’Fever aurait sans doute obtenu un 9/10 en amplitude et en couverture ! (rires). Pendant longtemps, le problème de la race était que nous avions des étalons moyens dans tous les domaines, que ce soit aux allures, au modèle ou à l’obstacle. J’ai toujours milité pour qu’un étalon soit exceptionnel dans au moins un des tableaux. Être moyen partout n’apporte finalement pas grand-chose à l’élevage. À l’époque, nous étions quelque peu en décalage ; nous sommes arrivés avec nos idées : nous élevions dans l’objectif de valoriser nos poneys en sport, et non de les destiner aux concours d’élevage. Ce n’était tout simplement pas notre vocation. Nous participions néanmoins à ces concours, car ils constituaient alors une sorte de passage obligatoire et un moyen de nous faire connaître. De notre côté, lorsque nous nous sommes fâchés avec l’association, à la suite de l’affaire O’Fever, nous avons croisé toutes nos poulinières New Forest ! Pendant deux ou trois ans, nous n’avons donc plus fait naître de poneys New Forest. C’était une manière de répondre à l’AFPNF, parce que nous estimions qu’elle n’avait pas suffisamment cet œil sportif et que, surtout, certains membres du jury arrivaient parfois sans connaître la race. Aujourd’hui, l’association est beaucoup plus attentive à cet aspect. Mais à l’époque, d’autres familles qui avaient pourtant largement contribué à valoriser le New Forest, comme les Jussiaux (Camille et Thomas Jussiaux ont fait partie de l’équipe de France Poneys de CSO, avec notamment Silverlea Simply Red ; leurs parents ont élevé et/ou valorisé nombre de poneys New Forest, ndlr), ont connu une période de découragement assez similaire à la nôtre. Sylvie Bonnan (qui élève des poneys sous l’affixe « du Gévaudan ») se bat également sur ces questions, car il y a parfois des situations assez étonnantes. C’est compliqué… Et je comprends d’ailleurs que ce soit difficile. Pour ma part, je n’ai jamais voulu être juge tant que j’avais moi-même des poneys, parce que le mélange des genres est toujours mauvais : on ne peut pas être juge et partie. Nous avons d’ailleurs vécu une situation assez similaire avec notre étalon Connemara Rococo du Thuit, même si je veux bien reconnaître qu’il s’agissait d’un profil particulier. Il comptait lui-même des victoires en Grand Prix de CSIP et son propre frère avait participé aux championnats d’Europe. Il a fallu que les Haras Nationaux mettent le poing sur la table en disant : « Vous ne pouvez pas laisser cette lignée disparaître. » C’est finalement l’ANPFS qui l’a agréé avant même que les Connemara ne le fassent ! J’ai le sentiment que les associations de races pures ont mis davantage de temps à intégrer cette dimension, en comparaison avec le Poney français de selle.
Pourquoi l’aspect sport est-il si important à vos yeux ?

Pour une raison économique : lorsqu’on veut faire vivre une structure, c’est en valorisant les poneys que l’on y arrive. Nous avions d’ailleurs la chance de disposer de nos propres cavaliers maison, ce qui représentait un véritable plus.
Dans les années 1990, et bien avant également, certains poneys New Forest sortaient du lot. Sur le terrain, il y avait de véritables champions, dans les trois disciplines et à tous les niveaux.
Oui, bien sûr. Il y avait notamment l’élevage des Ifs, l’élevage des Étangs… Ce sont des précurseurs. Il y a toujours eu une tendance « sport » au sein du New Forest, mais son développement a été plus ou moins accompagné par l’association selon les présidents et les bureaux qui se sont succédé. Le circuit n’était pas non plus ce qu’il est aujourd’hui. Outre les championnats et concours nationaux de race, tout un circuit sportif s’est structuré après les années 2000, notamment les finales des jeunes poneys, ce qui a largement contribué à développer le côté sport du poney. En parallèle, les races pures ont été diluées et le sont encore davantage aujourd’hui parce qu’on fait beaucoup de croisements.
Ce qui vous amène à penser que la race pure est en danger ?
Oui, et je trouve cela très dommage. Que ce soit chez le New Forest, le Connemara ou le Welsh, il y a des choses extrêmement intéressantes à faire en race pure. Je pense que, si les éleveurs ne se motivent pas pour continuer à produire du New Forest pur, petit à petit, le New Forest risque de devenir une race subsidiaire. À terme, on ne verra plus que des poneys de croisement. Je n’ai rien contre le PFS, j’en ai d’ailleurs beaucoup produit. De très bonnes juments New Forest ont d’ailleurs été utilisées pour alimenter le stud-book PFS et cela a, entre autres, largement contribué, à mon sens, à stabiliser le caractère du Poney français de selle. J’aime beaucoup cette race de croisement, justement parce qu’elle offre une grande liberté. Mais même si cette liberté-là est moindre avec le New Forest, cette race dispose tout de même d’une belle diversité de souches. L’année dernière, l’AFPNF m’avait invitée à son pot à Fontainebleau, lors du National, et m’avait demandé de faire un petit discours. J’ai insisté sur ce sujet. Je le dis très sereinement, puisque je n’élève plus aujourd’hui, mais j’ai toujours des idées sur la question : il faut continuer à faire du pur race et à réserver le New Forest de croisement à des poneys qui possèdent une part significative de sang New Forest. Pour nous, le New Forest est une magnifique race. J’espère sincèrement qu’elle existera toujours et qu’il y aura encore des éleveurs incorruptibles, suffisamment passionnés et convaincus pour continuer à défendre ses qualités et son identité.
Qu’entendez-vous par une part significative de sang New Forest ?

Les associations ont choisi de créer un livre B, et je suis très perplexe face à cette évolution. Lors des dernières années où les finales avaient lieu à Lamotte-Beuvron, on m’avait demandé d’être juge pour les New Forest de croisement. À l’époque, il suffisait d’avoir 12,5 % de sang New Forest pour être inscrit en « NFC ». Prenez un Selle Français qui possède, je ne sais combien de générations en arrière, un peu de sang New Forest : il peut alors être inscrit comme New Forest de croisement ? Pour moi, cela n’a pas beaucoup de sens. À la limite, 75 % de sang New Forest, je veux bien. Même 50 %, pourquoi pas. Mais 12,5 %, ce n’est pas suffisant pour pouvoir réellement parler de New Forest. Plus globalement, sur le circuit sportif, il reste quelques New Forest, quelques Connemara et quelques Welsh… On s’éloigne progressivement de la notion même du poney. Et puis, il ne faut pas oublier une réalité : le marché n’est pas constitué uniquement de poneys de Grand Prix ! Bien sûr, le haut niveau est la vitrine. C’est ce qui fait briller les yeux des enfants. Mais plus de 95 % des poneys vendus ne sont pas des poneys de Grand Prix ou d’internationaux. Ce sont ceux-là qu’il faut continuer à produire : des poneys, de vrais poneys.
Quelles seraient, selon vous, les pistes de solutions pour augmenter les naissances en race pure ?

Cela passe bien sûr par les éleveurs, mais aussi par les associations de race. Plus elles seront en mesure d’accompagner, d’encourager et de stimuler les éleveurs à produire en race pure, plus elles contribueront à préserver l’avenir de ces races. Il n’y a pas cinquante solutions. Stimuler, cela passe par l’argent. Si les associations ne mettent pas en place de véritables incitations à produire en race pure, je crains que ces races ne deviennent progressivement totalement minoritaires et qu’elles finissent par ne plus avoir aucun poids dans les décisions, que ce soit en sport ou dans d’autres secteurs. Je pense notamment qu’il faudrait intervenir dès la naissance. Je trouve dommage que, chez les poneys, nous n’ayons pas davantage de systèmes de primes aux naisseurs lorsque les poneys se révèlent excellents et qu’ils ont ensuite été vendus. L’éleveur a fait un travail remarquable, mais il n’en retire finalement aucun retour. Et aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, l’argent est le nerf de la guerre. Pour bien élever, il faut avoir les moyens. Les agréments, le système des poulinières Élites, tout cela est très bien au niveau de la dynamique, mais cela reste quand même beaucoup de discours. Cela me fait penser que l’AFPNF avait fait une véritable erreur stratégique lorsqu’elle a commencé à organiser le National à l’autre bout de la France, en dehors du Sologn’Pony (le National a été réintégré au Sologn’Pony depuis 2018, manifestation renommée So’Pony, ndlr). Aujourd’hui, les New Forest seuls ne peuvent plus vraiment vivre. Si l’on veut attirer du public et donner envie aux gens de venir les voir, il faut proposer autre chose en parallèle. Pourquoi, d’ailleurs, les associations des poneys New Forest, Connemara et Welsh ne seraient-elles pas capables d’organiser ensemble une grande manifestation dédiée aux races pures ? Il y aurait une certaine logique à ce qu’elles s’unissent pour continuer à exister et à peser. La balle est sans doute aujourd’hui dans le camp de l’association du poney New Forest, et il est évident que l’équation n’est pas simple à résoudre.
Le poney New Forest a-t-il, selon vous, toujours sa place sur le circuit sportif ?
Oui, tout à fait, j’en suis convaincue, à condition de bien choisir les lignées sportives. Celui qui souhaite produire pour le sport de haut niveau va s’orienter vers des lignées de très haut niveau et des reproducteurs ayant évolué jusqu’aux championnats d’Europe. À l’inverse, celui qui recherche un poney de loisir choisira des souches plus calmes, plus bâties, moins sportives. Il y a de quoi faire… à condition de préserver la pure race ! Pour moi, il faut de tout pour faire un monde, et c’est justement cette diversité qui permet de trouver un équilibre. Toutes les approches sont respectables. Je suis favorable à toutes les formes d’expression équestre, à partir du moment où l’on reste dans le respect de l’équidé et où l’on conserve une certaine philosophie de base, notamment dans la manière d’élever.
Vous qui connaissez le circuit sportif depuis une trentaine d’années, pensez-vous que les Grands Prix d’aujourd’hui sont plus difficiles qu’ils ne l’étaient autrefois ?

Cela me fait toujours sourire, parce que c’est un peu la guerre des générations (rires) ! Non, je ne suis pas d’accord lorsque j’entends dire que les Grands Prix actuels sont plus difficiles qu’autrefois. Je repasserais volontiers, par exemple, la vidéo du Grand Prix international de Moulicent, l’année où Rococo s’est imposé. Le terrain était vallonné, il y avait des pièges partout, des cotes maxi… Il y avait aussi beaucoup de partants dans les Grands Prix. Les cavaliers du Nord pouvaient ainsi se retrouver à courir dans le Sud de la France, parce qu’il n’y avait qu’un, voire deux Grands Prix par mois. Une trentaine de couples se retrouvaient ainsi régulièrement aux quatre coins de la France, avant que les meilleurs n’accèdent au circuit international. Aujourd’hui, il y a des Grands Prix tous les dimanches, parfois trois à cinq le même week-end. Ce n’est plus du tout la même philosophie, et je trouve cela un peu dommage. Bien sûr, cette évolution permet de faire moins de kilomètres et d’avoir des saisons moins coûteuses. Mais c’était vraiment formidable de se retrouver un peu partout en France. Cela donnait aussi une autre dimension au circuit, notamment sur le plan humain. Le sport, c’est aussi une philosophie de vie, et je trouve que cet aspect s’est un peu perdu.
Avec le recul, comment comparez-vous le potentiel sportif des New Forest des années 1990 à celui des poneys d’aujourd’hui ? Auraient-ils, selon vous, été capables de rivaliser dans les Grands Prix actuels ? Je pense à Tabou IV, par exemple, qui gagnait beaucoup à cette époque.
Peut-être pas, car nous étions encore sur une génération de poneys pour laquelle on travaillait moins l’amplitude et je ne suis pas certaine qu’un Tabou IV s’en sortirait aussi facilement sur les parcours actuels. Il y a eu cette évolution : les poneys sont plus dans le sang, ont davantage d’amplitude. Automatiquement, les chefs de piste construisent des combinaisons plus longues pour faciliter la tâche des poneys issus pour la plupart de croisements poney x cheval. D’un point de vue purement technique, peut-être les chefs de piste affinent-ils davantage leurs tracés, mais ce n’est pas nécessairement plus difficile. Je ne pense pas pour autant que les poneys d’autrefois étaient moins bons que ceux d’aujourd’hui. C’est finalement dans la nature humaine de considérer que la génération actuelle est toujours meilleure que la précédente. On retrouve exactement le même phénomène dans le football. Mais si vous faisiez jouer aujourd’hui Platini ou Pelé à vingt ans, ils seraient toujours aussi géniaux !
Et concernant l’élevage, quelles sont, selon vous, les principales évolutions que vous avez observées ?

Nous avons affiné la génétique et fait progresser la sélection. Je trouve même que nous sommes devenus presque trop scientifiques. Or, s’il y a bien un domaine dans lequel le sensitif et l’instinct doivent conserver une place essentielle, c’est celui-là — et je parle du cheval dans son ensemble. À l’époque, nous n’avions pas tous ces tests génétiques à disposition, et pourtant, je suis moi-même scientifique ! Dans le monde du poney, qui est avant tout un monde d’enfants et de jeunes, je pense qu’il ne faut pas aller trop loin dans ces considérations. Car ce qui fait aussi tout le charme d’une naissance, c’est précisément de ne pas savoir ce qui va arriver…
Si vous n’élevez plus aujourd’hui, votre histoire avec le New Forest ne semble pas totalement terminée…
Nous restons fans des poneys New Forest et nous soutenons toujours la race. Aujourd’hui, nous sommes pleinement investis dans La Boutique de l’Arbalou et sa gamme de compléments alimentaires, et nous sommes heureux de contribuer chaque année au National New Forest en offrant des dotations de produits Arbalou Soins.
Propos recueillis par Pauline Bernuchon
Origines des poneys
Poulinières citées :
Gatine de Montmain (New Forest née en 1994 chez Jean-Marc Lefevre, par Flightpath et Casla des Étangs par Jolly des Ifs), issue de la souche maternelle de la Britannique Bull Hill Silvertoes, utilisée par Jean-Pierre Berthélemy du Bucq (élevage du Galion). Gatine a eu 11 produits parmi lesquels :
– Lisa de l’Arbalou (Nf, par Glen de l’Aumont), gagnante de la classe des foals New Forest (réserve championne), IPO 119/07, mère de Vizir d’Odival (GP As Poney Élite de CSO, IPO 162/21) et Beyver d’Odival (Pfs), IPO 138/17
– Niloway de l’Arbalou (étalon New Forest, par Willoway Montmain Gold Charm), IPO 123/05
– O’Fever de l’Arbalou (étalon New Forest, par Silverlea Spring Fever), Grand Prix As Poney Élite Excellence, CSIP, IPO 162/10
– Platine de l’Arbalou (New Forest, par Willoway Montmain Gold Charm), mère notamment de Jaelys du Aimelle (Pfs), IPO 130/25
– Quidam du Preau (Pfs), IPO 128/10, les étalons New Forest Shutterfly Caorrun (par Willoway Montmain Gold Charm), Tullamore Dew Caorrun (par Wayland Red Pepper), IPO 125/12 et Usual Suspect Arbalou (par Silverlea Baywatch), IPO 123/24…
Silverlea Bernice (New Forest née en 1996 chez J.M. Stainer en Grande-Bretagne, par Silverlea Spotlight et Bernadette par Meerut Monarch). Silverlea Bernice, propre sœur de Silverlea Benedict (IPO 151/23), est la mère de 10 produits dont Theclosway Arbalou (New Forest par Niloway de l’Arbalou), IPO 169/22, ISO 128/23, et ses propres frères Un Silverway Arbalou (IPO 132/20) et Vlashorst Arbalou (IPO 121/21).
Quelques-uns des étalons évoqués :
Silverlea Flash Harry (né en 1975 chez J.M. Stainer, par Silverlea Gunflash et Silverlea Chocolate Girl par Holmesley Boy) a entre autres produit les étalons New Forest Silverlea Simply Red (championnats d’Europe de CSO sous les couleurs françaises, IPO 166/09), Silverlea Charlies Angel et Silverlea Spring Fever classés en Grand Prix de CSO, Silverlea Status Quo (IPO 148 /08), lui aussi performer en Grand Prix, Silverlea Searchlight (IPO 152/96), Silverlea Riverdance (IPO 144/06), Silverlea Millenium (IPO 144/09), Silverlea Miss Tina (IPO 142/11), Silverlea Misty Morning (classé en D1/GP CSO), les poulinières Silverlea Martina et Silverlea Martine, l’étalon national Silverlea Baywatch…
Étoile d’Hardy (né en 1992 chez Yves Dubost, par Uhlan des Étangs et Paloma du Siam par Inch’Allah) a été gratifié de 5 titres de champion de France en concours d’élevage dont celui de champion suprême au National New Forest en 1994 à l’âge de 2 ans. Vice-champion du cycle classique de CSO des 5 ans D à Fontainebleau, Étoile d’Hardy avait atteint le haut niveau en Dressage sous la selle de Mathilde Saumont. Médaillé de bronze du championnat de France Grand Prix Élite en 2002, le couple avait été sélectionné pour les championnats d’Europe d’Hagen cette même année. Dix de ses produits sont indicés à plus de 140 dont Quiara du Coteau (IPO 152/15), Quality des Places (IPO 150/14), Rêveur de l’Ambre (IPC 162/13) ou encore le très bon sauteur Keno de Brie (IPO 140/05).
Silverlea Spring Fever (né en 1988 chez J.M. Stainer, par Silverlea Flash Harry et Silverlea Gaye par Silverlea Michaelmas) a été champion des mâles de 2 ans au National de Tours en 1990 et a par la suite évolué jusqu’en Grand Prix de saut d’obstacles. Il n’a que très peu produit — 17 poulains enregistrés en France — mais sa descendance compte plusieurs très bons gagnants, à l’instar de l’étalon New Forest O’Fever de l’Arbalou (performer en GP As Poney Élite Excellence et CSIP, IPO 162/10), Éros de Montmain (IPO 132/13), Envie To You (IPD 142/01), ou encore Eliss de l’Aumont (championne de France des femelles de 3 ans au National de Tours en 1995, mère de Quiryda de l’Aumont, elle-même mère de Flash des Étoiles, sacré double champion d’Europe de CCE en 2024, IPC 166/24), Elfi du Ruet (mère de Qaïd de la Seulles, gagnant en GP As Poney Élite de CSO, IPO 167/21)… !
Illoway Cheriton Fast (né en 1996 chez Nolwenn Rouxel, par Willoway Good As Gold et Quouette par Cheriton Mr.Fluff IV), champion de France C Élite de CSO en 2008 (IPO 162/08) et gagnant jusqu’en Petit Grand Prix du haut de sa taille C. Père de 14 produits indicés à plus de 130. Sa mère, Quouette, est une fille de Cheriton Mr.Fluff IV et de la toute bonne Fée de Claude Guerlain (reportage à lire ici), ayant produit les étalons Mario, Obélisque et Astérix II, mais aussi le grand gagnant en Grand Prix de CSO Tabou IV.
Niloway de l’Arbalou (né en 2001 chez Isabelle et Pierre Mémain, par Willoway Montmain Gold Charm et Gatine de Montmain par Flightpath). Il est le père de 35 produits en âge de concourir dont 9 indicés à plus de 120 à l’instar de Theclosway Arbalou (2e et 3e aux championnats de France Poney Élite de CSO, IPO 169/22, ISO 128/23), Teodor de Coifferie (IPO 134/18), Un Silverway Arbalou (IPO 132/20), Uloway Rocj Arbalou (GP As Poney Élite CSO, IPO 138/17).
L’Association française du poney New Forest vous donne rendez-vous les 22 et 23 août lors du So’Pony à Fontainebleau, à l’occasion du National de race !

